édito

UN OCÉAN DE POSSIBILITÉS

La page est grande. Immense. Elle s’étend.

 

La page est vide. Il suffit de tracer un premier trait pour qu’elle soit déjà remplie. Un trait ou une lettre, au fond c’est pareil. Le premier trait, c’est un peu la première gorgée de bière de l’artiste. Tout commence avec un trait, donc. Après, ce n’est qu’une histoire de processus…

Première étape, la lumière. Sinon, on ne voit pas vers où on embarque.

 

Deuxième étape, le balisage. Il faut cadrer l’espace de la page : un personnage à bâbord, une époque à tribord, une question en avant et un lieu en arrière ; puis, il faut des bouées et des phares un peu partout sur la côte pour, enfin, construire une carte.

 

Troisième étape, la cartographie. Il faut diviser la feuille, relier les phares avec les bouées, tracer les courants maritimes, regarder la météo, trouver le bon moment pour partir.

 

Quatrième étape, la navigation. Les traits se suivent, délicatement. Parfois, on peut s’ancrer un moment, pour regarder le large, se poser et penser. Mais pas très longtemps : au loin, une tempête s’annonce. Le gouvernail échappe alors à l’artiste. Mécontente, l’imagination détruit tout ce qu’elle a produit. La gomme imite les vagues ; les crayons gondolent, les couleurs s’enchaînent et se déchaînent. Puis, le calme revient. Les traits reprennent place.

 

Cinquième étape, amarrer. Terminer. Débarquer. Et publier.

 

 

La page est grande, si grande qu’elle semble infinie pour celui qui s’attaque à elle pour la première fois. Ils sont pourtant nombreux, ceux qui écrivent, ceux qui dessinent, ceux qui retranscrivent leur imagination sur une page blanche.

 

Plusieurs artistes qui tiennent leur imagination comme un gouvernail et qui tentent de maîtriser les diverses tempêtes du métier se rassemblent autour d’un goût partagé pour les méandres de la pensée et pour l’étendue des libertés qu’offre l’imagination. Il ne leur manque qu’une page à remplir. C’est là le défi de l’imagineur.

Pour voir et revoir la une !