abysses fusionnelles

© mathieu fonton

Ils vivent à côté dans cette noirceur glaçante depuis si longtemps, qu’ils en ont oublié leur nombre de deux. Un jour ou une nuit, comme une autre, ils sont là et attendent que la vie passe, un rayon de lumière s’invite dans leur antre. 

C’est la première fois qu’ils la voient, folle, belle, elle disparaît aussi vite qu’elle est venue.

Ils se rappellent à présent qu’ils sont deux au fond de ce monde, dans cette drôle de cavité. Leurs regards se croisent, leurs corps se rapprochent et leurs âmes s’embrassent.

Une onde se développe, se propage dans le monde et son univers, avant de revenir, comme pour leur signaler que ce qu’ils vivent est unique et multiple. Un point singulier exceptionnel se crée, l’onde entière, enrichie de kilomètres de vies se rétracte au cœur de leur fougueuse passion. Et le silence habituel de ses abysses pourrait être pris pour un brouhaha sonnant face à l’absence totale et absolue de son qui fait suite à la collision si sinueuse qui vient de se produire. 

Le temps s’écoule comme du sable en apesanteur, des heures, des millénaires vont et viennent, les deux cœlacanthes partagent leur éternel désir, puis soudain le son revient, le temps se remet à tourner, dans un impact sourd la cavité explose.

Tout s’ouvre, la fuite, le départ, le renouveau. Ils en prennent conscience mais restent bien immobiles. Ils savent parfaitement que rien ailleurs, ici, ne sera jamais plus grand et plus fascinant que leurs énergies unifiées ancestrales qui dansent doucement une valse au-delà des temps.