le cri d'éloïse

Court-focale

Il était deux heures. Non pas que, s’il avait été trois ou quatre heures, ça aura vraiment changé quelque chose, mais c’est important pour moi que vous ayez bien ça en tête. Notez-le : Deux heures. Et j’étais seule. Ça aussi je veux qu’on le note, parce que je sais que ce certains diront le contraire. Mais c’est pas parce qu’on est entouré qu’on est pas seul. C’est une chose d’être là, et de regarder le ciel, mais personne n’a vu ce que j’ai vu, pour la simple et bonne raison que personne n’a pris le temps de s’occuper cinq minutes d’autre chose que de sa petite personne. Et si vous voulez mon avis, c’est ce qui ne va pas avec le monde aujourd’hui. N’allait. On devrait commencer à parler au passé, vous croyez ? 

 

 

Attendez, moi je fais ça pour vous, pour vous aider. Personnellement, ça me fait ni chaud ni froid cette histoire, j’y tenais pas plus que ça, à la vie. Mais je me suis dit que j’avais comme un devoir envers les autres. Si je vous en parle, c’est parce que je pense sincèrement que ça peut intéresser tout le monde, c’est un acte citoyen, alors j’aimerai bien un peu plus de respect pendant que je parle. C’est déjà assez dur comme ça de gérer la pression, d’être claire et précise, sans, en plus, me taper vos visages perplexes. Pardon, c’est pas contre vous non plus, je sais que vous faites votre boulot. Mais c’est parce que je fais très bien le mien qu’on est ici. Plus vite vous notez, plus vite tout le monde peut rentrer chez soi et embrasser sa famille. Vous avez une famille ? Désolée. Tant mieux, dans un sens ? Enfin, je sais pas ce que je préfèrerais, dans cette situation. C’est un peu inédit, finalement, on nous prépare pas vraiment à vivre ça.

 

 

Comment ça, plus précis ? Mais vous avez écouté ce que je vous dis depuis tout à l’heure ? C’est le cri du monde que je capture. C’est l’ineffable que j’apprivoise. Alors ça sert à foutre rien de venir me demander des explications parce que si c’était pas plus grand que moi je n’y prêterai même pas attention, ça serait comme une poussière, un grain de sable, vous croyez que j’ai le temps de photographier tous les grains de sable qui passent ? De toute façon, dans l’objectif, rien ne rentre si ce n’est pas un minimum insaisissable. Ça, tu l’apprends à tes dépends quand tu commences. Après, ça vient plus ou moins naturellement suivant les personnes. Chez moi, c’est presque trop naturel, j’ai développé une fâcheuse tendance à me retrouver au bon endroit au bon moment… Façon de parler, évidement.

 

 

Quand on aura fini ? Je pense que j’irai danser sur la plage. Je l’ai bien mérité.